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En l’an 1856, la pacification de l’Algérie par la magie

vendredi 9 août 2013, par Alexandre Tomas

Avertissement et introduction

Cet article rappelle un épisode très original du temps de la colonisation de l’Algérie, en éludant volontairement toute prise de position sur l’entreprise d’oppression et de soumission des peuples qui lui est généralement associée dans la critique. La mission décrite dans cet épisode peut-être en effet moralement discutable, mais elle a le mérite à tout du moins dans la méthode d’exclure toute violence et c’est de là qu’elle tient toute son originalité, et c’est de là qu’est née la volonté de partage qui m’anime à présent.

L’histoire...

Après la conquête de l’Algérie (1830-1848) et son annexion à la France, les Musulmans peuvent exercer librement leur culte.

Toutefois l’armée française s’inquiète des troubles suscités par quelques marabouts musulmans aux allures de prophètes qui séduisent les populations par les miracles qu’ils réalisent au nom d’Allah, populations qui les voient comme envoyés de Dieu sur la terre pour les délivrer de l’oppression des roumis (Chrétiens), initiant de nombreuses révoltes.

Ainsi en 1854 le colonel de Neveu, chef du bureau politique à Alger, sollicite-t-il les les services de Jean-Eugène Robert-Houdin (1805-1871) [1], le plus grand magicien de son époque, célèbre illusionniste et prestidigitateur, auquel Harry Houdini (né Ehrich Weisz 1874-1926) empruntera son nom de scène en hommage. Le colonel demande alors à M. Robert-Houdin de donner des représentations en Algérie devant les principaux chefs de tribus arabes, de distraire les populations, de réaliser lui aussi des miracles, afin de démontrer que personne ne possède en réalité de pouvoir donné par Dieu et de discréditer les faux prophètes usurpateurs. Ce dernier en semi-retraite décline plusieurs fois l’invitation mais finit par accepter la mission en 1856 mû par la conviction de rendre service à son pays.

Il n’est pas dans les mœurs des Arabes de l’époque (réservés ou vivant loin des villes) de se réunir dans des salles pour assister à des spectacles, encore moins en étant assis sur des chaises qu’ils trouvent inconfortables et surtout serrés les uns contre les autres. C’est pourquoi certaines représentations se font avec un public un peu contraint d’y assister. Parfois on profite d’une manifestation locale comme une course de chevaux qui rassemble déjà naturellement beaucoup de monde. D’autres fois le magicien part à la rencontre du public auprès des chefs de tribus.

Bien que s’attirant parfois l’animosité des marabouts qui veulent le mettre à l’épreuve, la mission se révèle être un succès. Et l’artiste gardera un souvenir ému et inattendu du bon accueil des populations locales, et de la joie et de l’émerveillement authentiques dont elles faisaient démonstration lors de ses représentations officielles ou improvisées.

Le livre Comment on devient sorcier par Jean-Eugène Robert-Houdin, vous en apprendra bien plus sur cet épisode intéressant qu’il raconte lui-même, et qui nous permet de plonger au cœur de l’expérience algérienne telle qu’il l’a vécue. Ce livre est consultable mais avec restriction dans le temps et en nombre de pages, aussi pour plus de confort pourrez-vous l’acheter sur Google ou lors d’un vide-grenier. À noter que Google propose plusieurs livres du magicien, sans doute aussi intéressants et plus librement consultables, mais je ne puis m’engager sur leur contenu sans les avoir lus.

Remarque

Je me permets en aparté une petite remarque. J’ai été étonné et peiné sur ce sujet dans mes recherches sur le net, de souvent trouver quelque glissement politique partisan venant ternir le propos, comme si le rédacteur se sentait obligé de prendre position au lieu de simplement éveiller, comme si le lecteur n’était pas capable lui-même dans ce retour sur le passé de faire preuve de discernement entre bonnes et mauvaises actions. C’est pourquoi je vous conseille sur ce sujet comme sur d’autres, la lecture des livres, et surtout des plus anciens dans lesquels on ne trouvera de pudeur que le langage choisi, et sans rien nous épargner des vues de l’époque, fussent-elles à l’occasion un peu en marge de notre esprit précieux d’aujourd’hui.

Notes

[1] En illustration dans le logo de cet article.

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