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En l’an 601, la note du pape Grégoire à saint Augustin, ou comment digérer habilement et pacifiquement les anciennes pratiques païennes ?

jeudi 8 août 2013, par Alexandre Tomas


L’histoire de saint Augustin, évêque de Canterbury

Saint Augustin [1] envoyé depuis Rome par le pape Grégoire pour évangéliser les Saxons de l’île de Bretagne (issus de l’immigration du Ve siècle), fut très bien accueilli par le roi Ethelbert. Ainsi quand Saint Augustin demanda au roi une terre ainsi que ses revenus au nom du Christ, le roi lui répondit [2] :

« Je te confirme la propriété, sans réserve, de tout ce domaine qui dépend de mon fisc, afin que cette terre te soit une patrie, et qu’à l’avenir tu cesses d’être étranger parmi nous. »

Saint Augustin prit le titre d’évêque du pays de Kent, ou évêque de Canterbury (sa ville capitale) et obtint d’immenses succès dans son entreprise d’évangélisation. Aussi demanda-t-il au pape Grégoire de nouveaux missionnaires.

La note du pape Grégoire

Et dans une note adressée à Mellitus et Laurent, chefs de la nouvelle mission partie de Rome (probablement en 601), le pape précise de dire à Augustin [3] :

« j’ai arrêté dans mon esprit plusieurs points importants : en premier lieu, il faut se garder de détruire les temples des idoles, il ne faut détruire que les idoles, puis faire de l’eau bénite, en arroser les temples, y construire des autels et y placer des reliques. Si ces temples sont bien bâtis, c’est une chose bonne et utile qu’ils passent du culte des démons au service du vrai Dieu ; car tant que la nation verra subsister ses anciens lieux de dévotion, elle sera plus disposée à s’y rendre, par un penchant d’habitude, pour adorer le vrai Dieu.

Secondement, on dit que les hommes de cette nation ont coutume d’immoler des bœufs en sacrifice ; il faut que cet usage soit tourné pour eux en solennité chrétienne, et que, le jour de la dédicace des temples changés en églises, ainsi qu’aux fêtes des saints dont les reliques y seront placées, on leur laisse construire, comme par le passé, des cabanes de feuillage autour de ces mêmes églises ; qu’ils s’y rassemblent, qu’ils y amènent leurs animaux, qui alors seront tués par eux, non plus comme offrandes au diable, mais pour des banquets chrétiens, au nom et en l’honneur de Dieu, à qui ils rendront grâce après s’être rassasiés. »

Le pape précise à la suite toujours dans cette note :

« C’est en réservant aux hommes quelque chose pour la joie extérieure, que vous les conduirez plus aisément à goûter les joies intérieures. »

De bien sages paroles pour conclure, lesquelles servies même à d’autres desseins que l’évangélisation, transcendent en sagesse et en bon sens toutes les époques...

Sources

- Histoire de la conquête de l’Angleterre par les Normands : de ses causes et de ses suites jusqu’à nos jours, en Angleterre, en Ecosse, en Irlande et sur le continent, Volume 1 - par Augustin Thierry de l’institut royal de France - 1835. (Livre numérique Google).

Notes

[1] En illustration dans le logo de cet article.

[2] Histoire de la conquête de l’Angleterre par les Normands, page 53

[3] Histoire de la conquête de l’Angleterre par les Normands, pages 54-55

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