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En l’an 776, l’apparition des deux boucliers au dessus de l’église du château de Sigebore (Hohensyburg)

mardi 9 juillet 2013, par Alexandre Tomas

Préface

Suite des aventures de Charlemagne après l’épisode de l’apparition des deux jouvenceaux au dessus de la chapelle de saint Boniface dont nous avions parlé précedemment...

Histoires tirées et traduites par mes soins des grandes chroniques de France

Quant le roi apprit que les Saxons marchaient sur la France et avaient attaqué Fritzlar et sa chapelle, il leva son armée en hâte, la divisa en trois parties, et entra en Saxe en trois endroits, et avant même que les Saxons ne s’en rendent compte, par le feu et les meurtres détruisit et dévasta tout devant lui, et tua tous ceux qui se défendaient. Beaucoup retournèrent en France chargés des troupeaux et des dépouilles des Saxons. Il célèbra les fêtes de Noël et de Pâques à Karisi (ou Quiersi). Pendant qu’il hivernait là il réfléchissait et prenait conseil pour savoir comment il pourrait entrer en Saxe plus facilement pour détruire toute cette tribu déloyale, et y maintenir la guerre afin que les Saxons soient confondus (1) ou épousent la foi chrétienne. Pour ça il fit tenir une assemblée générale dans la ville de Durie (ou Duren), fit lever ses troupes, passa le Rhin et entra en Saxe en grande force. Il prit le château de Hohensyburg (au confluent de la Ruhr et de la Lenne) où se tenait de puissances garnisons.

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Ruines du château de Hohensyburg
http://de.academic.ru/

Il prit également le château de Herebourg, restaura les parties que les Saxons avaient abbatues, et y installa une garnison française.

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Château de Ehrenburg (Herebourg, pourrait être le château de l’histoire)
Dessin de Rudolf Cronau de 1880 - licence Wikimedia Commons

De là il s’en alla droit au fleuve de Weser à Brunisverg. Il y trouva nombre de Saxons qui s’étaient rassemblés pour garder et défendre le port, et pour rendre bataille à l’issue du fleuve. Mais les troupes des Saxons furent repoussées et chassées au premier rassemblement, et beaucoup d’entre eux furent tués. Quand le roi et ses troupes eurent passé l’eau, il prit une partie de son armée et partit tout droit au fleuve Ocker. Là vint au devant de lui Helsis (Hesson), un des princes de Saxe. Avec lui le prince Helsis amena tous les Saxons orientaux (les Westphaliens)(2), et ensemble se rendirent au roi. Tous prêtèrent serment de loyauté au roi et donnèrent des hommes en otage comme le roi l’avait demandé. De là le roi repartit avec son armée et vint à Burki. Là se présentèrent au Roi d’autres peuples appelés les Engariens. En leur compagnie se tenaient les plus grands princes de cette contrée. Ils prétèrent tous serment et donnèrent des otages selon la volonté du Roi, comme l’avaient fait les Saxons orientaux. Il advint que les troupes que le Roi avait laissées au fleuve de Weser à Brunisverg, furent défaites par la ruse et la malice des Saxons, qui ne se conduisirent pas aussi bien qu’ils le devaient, mettant en péril les troupes du Roi. Car quand ceux qui menaient les chevaux des troupes en patûre les ramenaient au campement à la neuvième heure (3), les Saxons se mêlaient à eux comme s’ils étaient des leurs, et la nuit venue pénétraient dans leurs tentes et les tuaient alors qu’ils étaient endormis, et par une telle ruse il commirent beaucoup de meurtres dans l’heure. Mais toutefois ceux qui montaient la garde leur coururent après quand ils les eurent aperçu, et il réussirent à s’échapper. Quand cette chose fut annoncée au Roi, il se hâta de venir du plus vite qu’il put. Il pourchassa ceux qui fuyaient et en tua une grande partie, reçut des otages Westphaliens, et s’en retourna en France.

Episode des boucliers au dessus de la chapelle, dans l’ancien français cette fois avec la traduction en regard

En son retor, li vindrent message qui li nuncierent que Ragaudes, li Lombarz que il avoit fait patrice et duc de la cité d’Aquilée, fesoit conspiration contre lui et avoir ja plusors citez de Lombardie traites à son acort. Li rois, qui bien vit que il covenoit metre hastif conseil en ceste besoigne, pour Ragaude refrener et rendre la merite de sa trahison, entra en Lombardie moult hastivement, à grant plenté de bone gent. Ragaude, qui le païs trobloit et esmovoit contre li, prist et li fist le chief couper. Les citez qui de li s’estoient desavoés reçut en autel maniere come eles estoient devant et i mist contes et juges de la gent de France. À son retour des émissaires lui anoncèrent que Ragaud(4), le Lombard qu’il avait fait patricien et duc de la cité d’Aquilée, conspirait contre lui et avait déjà rallié à sa cause plusieurs autres cités de Lombardie. Le Roi voyant qu’il convenait de prendre rapidement une décision pour stopper Ragaud et le soumettre à la justice, entra très rapidement en Lombardie accompagné d’un grand nombre de gens de France. Ragaude qui troublait et soulevait le pays contre lui, fut prit par Charlemagne et sa tête coupée. Les cités qui l’avaient trahi furent traîtées comme avant, mais il mit à leur tête des contes et des juges de France.
Mais il n’ot pas bien les monz trespassez, quant novel message li vindrent au devant qui li nuncierent que li Saine avoient pris le chastel de Herebore, et avoient occise et chacié la garnison de la gent de France qui dedenz estoit, et que Sigebore, uns autres chastel, avoit esté asaliz ; mais il ne fu pas pris, car cil de la garnison issirent hors et se ferirent es Saines soudainement par darriers, tandis com il asaloient ; si n’estoient porveu ne ordené en bataille contre lor venue pour ce que il entendoient à l’assaut. Si racontoient encore plus cil message et pour verité, quar la gloire et la vertuz Nostre Seigneur estoit là aperue tot apertement, car il sembloit aux Saines et à toz ceux qui là estoient que il veissent en l’air II escuz de feu flambeanz et ardanz sor l’eglise du chastel, qui se demenoient par l’air li uns contre l’autre, ausi come se chevalier les demenoient. Pour ceste merveille et pour l’assaut que François lor livrerent au dos furent si espoanté que il tornerent tuit en fuite, et cil de la garnison les enchaucierent jusques au flueve de Lippie, et en occistrent moult en cele chace. Mais à peine avait-il franchi les montagnes que de nouveaux émissaires vinrent au devant de lui, qui lui annoncèrent que les Saxons avaient repris le château de Herebourg, et avaient tué et chassé la garnison française qui s’y trouvait, et que Hohensyburg un autre château avait été assailli, mais il ne fut pas pris car ceux de la garnison sortirent et attaquèrent soudainement par derrière, alors que les Saxons qui étaient en position d’assaut n’y étaient pas préparés. Les émissaires racontaient encore plus ces messages et les tenaient pour vrais (5), car notre glorieux et vertueux Seigneur était apparu là ouvertement, car il semblait que les Saxons et tous ceux qui étaient là virent en l’air deux boucliers flambants et ardents sur l’église du château, qui se démenaient en l’air l’un contre l’autre (6)(7). Avec cette merveille et l’attaque dans leur dos par les Français, les Saxons furent si épouvantés qu’ils repartirent tous en fuite, et ceux de la garnison les pourchassèrent jusqu’au fleuve de la Lippe et en tuèrent ainsi beaucoup (8).

Remarques :

- le logo de cet article est emprunté au site http://secretebase.free.fr et si vous avez bien suivi l’histoire vous trouverez l’erreur...

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(logo de cet article)
http://secretebase.free.fr

- En ce qui concerne les noms des lieux comme les noms des personnages, il faut garder à l’esprit que l’orthographe est très variable entre les différentes orthographes de l’ancien français et les traductions en allemand. Par exemple Herebore (château de Herebore) ou "Erebure" en ancien français peut devenir en français "Ehresbourg" ou "Herebourg" et en allemand "Ehrenburg".

Documents étudiés

- Les grandes chroniques de France, ouvrage commandé en 1250 par Louis IX, terminé en 1272, réalisé et rédigé en ancien français par le moine Primat de Saint-Denis sur la base notamment des Annales Laurissenses ou Annales regnie Francorum (Annales du royaume des Francs) en latin et des Annales d’Éginhard en latin, ouvrage réédité par Jules Viard en 1923 pour la société de l’histoire de France, dans une version commentée en français moderne permettant de retrouver les sources de chaque histoire relatée,
- Les annales d’ Éginhard, réédité en 1824 en français moderne,
- Le premier volume des grandes chroniques de France selon que elles sont conservées en l’église de Saint-Denis en France, en ancien français légèrement plus récent et compréhensible que l’ouvrage Les grandes chroniques de France (premier de cette liste) étudié dans cet article.


Notes :

- (1) Confondre signifiant à peu de chose près en ce cas, détruire (selon le dictionnaire Godefroy) voire tuer. Ainsi donc l’expression bien connue de nos jours "confondre l’ennemi" ne signifie-t-elle pas simplement ’révéler qui est l’ennemi" dans le sens où il ne révèlerait pas sa vraie nature, mais bien "détruire l’ennemi" !
- (2) Les Westphaliens ou Wesphaliens ou Hostephalois ou encore Ostfalois, sont décrits comme des Saxons orientaux dans les grandes chroniques de France, et comme des Saxons occidentaux dans les annales d’Éginhard. Faudrait se mettre d’accord !
- (3) "L’eure de none" ou neuvième heure équivaut à trois heures de l’après-midi.
- (4) Ragaud ou Ragaude ou Rotgaud : on y trouverait quelque analogie certainement purement fortuite avec le mot français "ragot". Le premier complote et le second n’est qu’un commérage, mais les deux mots se ressemblent dans la malveillance...
- (5) traduction discutable mais pas essentielle...
- (6) Concernant la compréhension : les boucliers se démenaient-ils dans les airs indépendamment battaillant l’un contre l’autre, ou se démenaient-ils toujours accolés l’un contre l’autre ? Question importante pour ceux qui tentent de présenter la seconde hypothèse comme une description de soucoupe volante...
- (7) Concernant la traduction : j’ai choisi pour cette phrase la deuxième version des grandes chroniques de France dont je dispose et qui élude une partie de la fin de la phrase : "Car il sembloit aux Saisnes et à tous ceulx qui là estoient qu’ils véissent en l’air deus escus de feu flamboians et ardans sur l’églyse du chastel, qui se démenoient l’un contre l’autre en bataille.".
- (8) Éginhard dans ses annales raconte la même bataille mais ne mentionne aucunement cette histoire de boucliers volants.

infos portfolio

Carte de l'Allemagne Carte de l'Allemagne très détaillée (chargement long) Château de Ehrenburg (Herebourg, pourrait être le château de l'histoire)

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