Accueil du site > Histoire > Histoire de France > En l’an 789, le capitulaire Admonitio Generalis - l’invention de l’école et (...)

En l’an 789, le capitulaire Admonitio Generalis - l’invention de l’école et la chasse aux tempestaires

mercredi 7 août 2013, par Alexandre Tomas


Avis général du Roi Charlemagne

Le 23 mars 789 à Aix-la-Chapelle, dans sa ville de résidence et capitale de l’Empire, Charlemagne promulgue le capitulaire Admonitio Generalis, littéralement un avis général, qui définit en 82 chapitres les droits et les devoirs de tous ses sujets, qu’ils soient laïcs ou ecclésiastiques.

L’invention de l’école

Charlemagne alors roi de France et futur Empereur, hormis son entreprise d’évangélisation massive, compte notamment sur l’instruction pour faire reculer la barbarie.

Le chapitre 72 est à l’origine de la légende de l’invention de l’école par Charlemagne [1]. Notre bon roi n’a pas réellement inventé l’école, car en tout temps il a existé des écoles, mais il a eu le mérite de poser les premières pierres de l’enseignement obligatoire. Pour en savoir plus je vous conseille l’excellente page du site de la Bibliothèque nationale de France et l’aussi belle page du site Histoire Pour Tous.

Voici la traduction du chapitre 72 :

« Que les prêtres attirent vers eux non seulement les enfants de condition servile, mais aussi les fils d’hommes libres. Nous voulons que les écoles soient créées pour apprendre à lire aux enfants. Dans tous les monastères et les évêchés, enseignez les psaumes, les notes, le chant, le comput, la grammaire et corrigez soigneusement les livres religieux, car souvent, alors que certains désirent bien prier Dieu, ils y arrivent mal à cause de l’imperfection et des fautes des livres. Ne permettez pas que vos enfants les détournent de leur sens, soit en les lisant, soit en écrivant. Mais, s’il est besoin de copier les Évangiles, le psautier ou le missel, que ce soient des hommes déjà mûrs qui les écrivent avec un grand soin. »

La version latine en lettres d’imprimeries provenant de l’ouvrage Capitularia regum Francorum (voir sources) :

PNG - 25.2 ko
PNG - 35.5 ko

Et la version latine en écriture cursive du manuscrit numérisé Collection de capitulaire du temps de Charlemagne de la Bibliothèque abbatiale de Saint-Gall en Suisse :

PNG - 450.9 ko
PNG - 1004.4 ko
PNG - 543.6 ko

La chasse aux tempestaires

Le chapitre 65 est sans doute le plus mystérieux de ce capitulaire.

En effet prenant appui sur des textes du Lévitique et du Deutéronome, Charlemagne demande que l’on recherche et que l’on punisse les cauculatores (des mathématiciens au fins de magie), les incantatores (les enchanteurs) et les tempestarii vel obligatores (ceux qui obligent, qui commandent aux démons tempestaires les faiseurs de tempêtes).

En version latine, extrait du livre Capitularia regum Francorum :

PNG - 10.5 ko
PNG - 25.3 ko

Et en version manuscrite toujours du livre Collection de capitulaire du temps de Charlemagne [2] :

PNG - 184.2 ko
PNG - 885.2 ko

Qui sont les tempestaires ?

A l’époque carolingienne, les Chrétiens pensent que les intempéries sont provoquées par les démons qui séjournent dans les airs. Cette croyance croise celle des païens, très soucieux de réussir leurs récoltes et de les préserver de toute entité maléfique qui jetterait sur eux son courroux et leur enverrait la grêle ou la tempête.

Ainsi sont apparus les tempestaires (tempestarii), les obligateurs (obligatores) et les défenseurs (defensores). Les tempestaires sont des démons faiseurs de tempêtes, les obligateurs (souvent assimilés aux tempestaires eux-mêmes) ceux qui prétendent les commander, et les défenseurs ceux qui défendent les paysans des tempestaires. Les tempestaires comme les défenseurs se font payer pour leurs services et sont bien souvent les mêmes personnes. Pour repousser le mauvais temps ils font des incantations ou ils plantent dans les champs des perches qui n’ont pas toutefois les mêmes propriétés physiques que les paratonnerres de Franklin. En effet pour être efficaces elles doivent être surmontées d’un phylactère contenant une formule magique.

Bien-sûr, cette pratique païenne ajoutée au fait que les paysans préféraient donner le canonique [3] à ces sorciers plutôt que la dîme aux prêtres, ne faisait qu’accroître la volonté pour l’Église de combattre ces pratiques. D’autant que des dérives s’opéraient, puisque les formules magiques se christianisaient parfois en mentionnant la croix et le Christ, ou en reprenant à leur compte les noms des Saints sans doute plus accessibles que Dieu lui-même, comme une réminiscence des dieux multiples païens d’autrefois et qui avaient chacun leurs compétences. Il arrivait que les prêtres eux-mêmes mêlent les pratiques païennes à leurs sermons, risquant alors l’excommunication pour hérésie.

Voilà pour l’essentiel, mais je n’ai que survolé le sujet alors je vous invite à retrouver sur le site sur le même thème l’article sur la controverse des vaisseaux atterrissant à Lyon, l’article sur le concile de Leptines de 743 et l’article sur le carré Sator, et je vous encourage à lire également La magie à l’époque carolingienne et Le temps qu’il fait au Moyen-Âge (voir sources).

Et voici Thor soufflant dans sa barbe et faisant lever le vent qui pousse les nuages et gonfle les voiles des bateaux (source Le temps qu’il fait au Moyen-Âge), un exemple de croyance de l’époque...

PNG - 38.1 ko

Sources

- Capitularia regum Francorum / denuo ediderunt Alfredus Boretius et Victor Krause, édition 1883-1897. Téléchargeable sur Gallica,
- Collection de capitulaire du temps de Charlemagne - Manuscrit utilitaire de petit format, contenant une collection de capitulaire du temps de Charlemagne. Il contient une très bonne version, tantôt la meilleure, tantôt la seule, de plusieurs édits promulgués par Charlemagne entre 779 et 789, entre autre, le Capitulaire de Herstal de 779 et la célèbre Admonitio generalis de 789. Remarquable reliure carolingienne d’origine. (smu). Réf : St. Gallen, Stiftsbibliothek, Cod. Sang. 733 : Collection de capitulaire du temps de Charlemagne (http://www.e-codices.unifr.ch/fr/list/one/csg/0733),
- Nos racines, LA BERGERIE, Ecole chrétienne, 1148 L’Isle, Suisse. Rétrospective bien rédigée sur l’école de l’Antiquité au XIXe. Téléchargeable sur labergerie.ch le site de l’école,
- Le temps qu’il fait au Moyen âge : phénomènes atmosphériques dans la littérature, la pensée scientifique et religieuse - Claude Alexandre Thomasset, Joëlle Ducos. Voir lien Google Book (Il n’existe pas de version numérique téléchargeable, mais vous pouvez le consulter en ligne ou l’acheter),
- La magie à l’époque carolingienne. Riché Pierre. In : Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 117e année, N. 1, 1973. pp. 127-138. Voir le document sur le site persee.fr.

Notes

[1] Pour information, un article de la Bibliothèque nationale de France sans citer de sources, mentionne qu’en 772 son cousin Tassilon III, duc de Bavière, avait déjà demandé aux évêques d’organiser des écoles dans leurs églises.

[2] Avec capitulaire sans "s", le titre du livre est réellement orthographié comme ça.

[3] Canonique : paiement en nature aux tempestaires, avec des produits de la récolte en général.

Répondre à cet article