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Saint Agobard (779-840)

vendredi 2 août 2013, par Alexandre Tomas


Qui est Saint Agobard ?

Saint Agobard (779-840) [1], archevêque de Lyon, il participa à la révolte des fils de Louis le Débonnaire et contribua à la déposition de celui-ci. Voici pour la définition du nouveau petit Larousse de 1952.

C’est Leidrade, premier archevêque de Lyon nommé par Charlemagne lui-même, qui fit d’Agobard son successeur. Agobard a œuvré pour l’unité de l’Église ainsi que pour son indépendance. Homme de science il a en son temps combattu les superstitions avec logique et sagesse, cherchant sans cesse à élever le niveau de spiritualité des Lyonnais, cherchant l’équité entre les peuples, dénonçant la condition des pauvres fléchis par les armes et qui ne pouvaient revendiquer leurs droits, essayant notamment de faire appliquer les lois du royaume de France (voir l’article sur la réforme sur notre site) alors que Lyon faisait partie du royaume burgonde (Bourgogne) pourvu de ses propres lois encore barbares et injustes, royaume sous le règne de Gondebaud [2] (vassal du royaume du France). Il a dénoncé les abus de la part des Juifs [3] qui bénéficiaient alors d’une protection de l’Empereur, abus dans l’esclavagisme [4] des Chrétiens, ainsi que sur leur prosélytisme et le non respect des Chrétiens quelquefois privés de l’exercice de leur foi. Dans une époque troublée ses combats furent nombreux comme en témoignent ses écrits retrouvés en 1606 par Papire Masson qui en publia la première édition.

Pourquoi parler de Saint Agobard ?

Pourquoi parler de saint Agobard ? Pour deux raisons simples :

  • Primo c’est un grand homme qui gagne à être connu et qui nous prouve qu’au Moyen Âge pouvaient exister et officier des hommes justes, des hommes de grande intelligence et d’esprit.
  • Secundo car il est au centre d’une polémique sur internet, au sujet de son livre De Grandine et Tonitruis (De la Grêle et du Tonnerre) dont nous traitons ici sur ce site afin de lever les nombreuses allégations fantaisistes et mensongères déformant les propos du livre aux fins d’attester un phénomène ufologique survenu autour de l’an 800 (voir l’article qui y est consacré sur notre site). Fidèles à l’étiquette du site nous laisserons aux lecteurs l’accès direct aux sources afin de les laisser libre de leur propre jugement sur cet épisode.

Extraits du livre Les PETITS BOLLANDISTES

« Quand on lui citait l’exemple de Rome, il répondait par le mot de saint Grégoire : "Ce n’est pas à cause du lieu où elle se trouve qu’on doit aimer une chose ; mais on doit aimer le lieu à cause des bonnes choses qu’on y trouve". »

Ainsi parlait Agobard, pas si loin de Saint Boniface qui disait lui :

« Des curés de bois au calice d’or on en trouve, des curés d’or au calice de bois on en cherche. »

Donc parce qu’il serait injuste de passer à côté et que la lecture en est tout à fait accessible et enrichissante, voici quelques extraits du livre Les PETITS BOLLANDISTES [5] pour découvrir saint Agobard dans les grandes lignes, vous invitant toutefois à lire sa description au complet dans le livre pages 480 à 488. Et si vous êtes vraiment courageux lisez le livre Saint Agobard - Archevêque de Lyon - Sa vie et ses écrits que vous retrouverez dans les sources au bas de cet article.

Page 480 :

« Agobard, que les Lyonnais appellent vulgairement saint Agobo ou Aguebaud, était français. On ignore de quelle province il est originaire.

C’était un fier génie, en effet, que cet homme aux idées larges, au noble cœur ; qui, avec une constance digne des Apôtres et des Pères de l’Eglise, malgré sa timidité naturelle, dont il fait l’aveu lui-même, avait le courage de s’élever contre toutes les erreurs dogmatiques de son temps, de démasquer et de combattre toutes les menées des Juifs, alors si puissants et si pernicieux à la société chrétienne, de condamner ouvertement tous les préjugés et les superstitions populaires de son époque, de tonner contre les abus dans l’Eglise et les usurpations sacrilèges des grands, enfin de dire aux rois la vérité. »

Pages 483 à 484 :

« […] Il mit la même ardeur à défendre la vérité contre les préjugés populaires. Il a écrit contre l’opinion qui attribuait à des sorciers la formation de la grêle et des orages, contre les pratiques superstitieuses et les sacrifices païens, encore en usage pour conjurer les maladies épidémiques d’alors. Ces maladies avaient des caractères étranges. On voyait des personnes prises subitement de convulsions épileptiques qui les faisaient croire possédées du démon. D’autres avaient les membres comme dévorés par un feu intérieur, couverts de tumeurs et d’ulcères. Barthélemy, qui avait remplacé Nibride, avant l’an 818, sur le siège archiépiscopal de Narbonne, demanda à notre Saint ce qu’il pensait de ces faits extraordinaires. Agobard lui répond qu’il ne voit là que des phénomènes résultant des causes naturelles, dont Dieu seul dispose à son gré, par le ministère des Anges, pour éprouver les justes et punir les méchants.
      Il s’éleva surtout avec force contre les duels et les preuves judiciaires appelées jugements de Dieu, comme contraires à l’esprit d’union et de paix qui doit animer les chrétiens. On alléguait la loi encore en vigueur dans toute la Bourgogne, dont Lyon faisait partie. »

Page 485 :

« Dans tous ses ouvrages, dans tous ses discours, notre Saint professe pour l’antiquité sacrée un véritable culte. Qu’il s’agisse des mœurs du clergé, des règles de la liturgie ou du chant sur lequel il a deux traités, un de la psalmodie, l’autre de la correction de l’Antiphonaire, tous ses efforts ont pour but de ramener aux saines traditions du passé. De jeunes têtes parmi les Romains, neoterici romani, affectaient du dédain pour les canons de l’Eglise de France ou les ordonnances de nos évêques, tant qu’ils ne les avaient pas contrôlés. Agobard leur rappelle l’exemple de leurs devanciers "qui se montraient", dit-il, "moins difficiles, et professaient la plus haute estime pour les conciles et les synodes de notre nation". Il tenait beaucoup à la conservation des usages locaux, à moins qu’ils ne fussent en opposition avec la foi, et ne pouvait souffrir la manie d’introduire dans la prière publique des compositions nouvelles, telles que des motets ou des chants en langue vulgaire qu’il appelle psalmos plebeios.

Quand on lui citait l’exemple de Rome, il répondait par le mot de saint Grégoire : "Ce n’est pas à cause du lieu où elle se trouve qu’on doit aimer une chose ; mais on doit aimer le lieu à cause des bonnes choses qu’on y trouve". »

Page 488 :

« Comme évêque et comme homme politique, Agobard joua un rôle important ; comme théologien et canoniste, ses écrits seuls suffiraient pour immortaliser sa mémoire. La découverte en fut faite, en 1606, par Papire Masson, qui en publia la première édition. Baluze publia la seconde en 1668. [...] »

Sources

-  Saint Agobard - Archevêque de Lyon - Sa vie et ses écrits par M. l’abbé P. Chevallard, édition de 1869, téléchargeable sur books.google.fr,
-  Les PETITS BOLLANDISTES – VIES DES SAINTS – par Mgr Paul Guérin – septième édition – tome sixième - du 19 mai au 13 juin – édition de 1876, téléchargeable sur jesusmarie.free.fr (attention téléchargement très long : 43,5 Mo ),
- La confession de Louis le Pieu, extrait de Saint Agobard - Archevêque de Lyon - Sa vie et ses écrits.

Notes

[1] La date de naissance d’Agobard en 779 (769 bizarrement sur Wikipedia) est attestée dans le livre Saint Agobard - Archevêque de Lyon - Sa vie et ses écrits, page 3 de la partie "Etude sur Saint Agobard", vue 38 du document numérisé au format pdf.

[2] Texte de la loi de Gondebaud sur le duel (vue 427 du pdf du livre Saint Agobard - Archevêque de Lyon - Sa vie et ses écrits) : "Si la partie à laquelle on offre de se justifier par le serment ne veut pas l’accepter, mais, si se confiant dans la vérité de sa cause, elle espère vaincre son adversaire par les armes, il faut lui accorder la liberté de se battre contre la partie adverse, à moins que celle-ci ne se désiste de ses prétentions."

[3] La place des Juifs dans la société d’alors, extrait du livre Saint Agobard - Archevêque de Lyon - Sa vie et ses écrits, page 88 chapitre quatrième de l’Étude sur Saint Agobard, vue 123 du document numérisé au format pdf : "Mais c’était surtout pas le génie commercial qu’ils étaient en possession de se distinguer. Ils servaient d’intermédiaires entre l’Orient et l’Occident. Ils avaient comme le monopole de la vente des joyaux et de la soie, et en général des riches produits asiatiques étrangers à l’Europe. La Méditerranée continuait à être sillonnée par les vaisseaux marchands et c’est sur ses rivages, en Espagne et dans la Gaule méridionale, que les juifs résidaient de préférence. Ils paraissent aussi avoir fréquenté de bonne heure la ville de Lyon, qui est si admirablement située pour les opérations du commerce. C’est donc sans étonnement qu’on les trouve dans cette ville nombreux et opulents au commencement du neuvième siècle.".

[4] À l’époque Charlemagne avait interdit aux Chrétiens le commerce des esclaves. Les Évèques avaient notamment pour mission lors des marchés aux esclaves de racheter le maximum d’esclaves et de les faire baptiser. Il existait alors un important trafic d’esclaves en provenance des pays de l’Est (slaves), hommes et femmes revendus par les Juifs aux Maures d’Espagne.

[5] Les PETITS BOLLANDISTES – VIES DES SAINTS – par Mgr Paul Guérin – septième édition – tome sixième - du 19 mai au 13 juin – édition de 1876

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